Un nom qui titille l’imagination. Recherches sur internet. Ce quartier de Calais est une des zones les plus pauvres du département du Pas-de-Calais. La moitié de ses habitants a un revenu inférieur à 6 200€ par an, le taux de chômage y est de 47%, 62% chez les jeunes, selon l’Insee. La ZUP souffre d'une mauvaise réputation, me raconte-t-on.  On m'explique qu'on traite parfois les habitants de Beau Marais de "cassos". Je décide d'aller rencontrer les habitants de Beau Marais . Au cours de mes rencontres, je tombe sur un petit carnet écrit par les habitants du quartier. André y a écrit "Le Beau Marais est beau pour qui sait le voir". 

Avant les années 1960, le lieu était recouvert de bois, des terrains vagues, de jardins, et de marais. Des détritus ont été utilisés pour combler ces derniers. «Encore aujourd’hui, lorsque je creuse dans le jardin de mon pavillon, j’n sors », m’explique Jacqueline, de l’association Les Inoublis pour la mémoire du quartier.

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La ZUP du Beau Marais a été construite dans les années 60-70, par l’architecte Yervant Toumaniantz, spécialiste parisien de l’aménagement des ZUP. A l’époque,il y a un besoin urgent de logements. Les pouvoirs publics construisent à la va-vite de grands ensembles en périphérie des villes, sans chercher à les humaniser.

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A l’époque, les architectes construisaient des sortes de cours intérieures entre les immeubles qui servaient de parkings, et aménageaient nombre de raccourcis à pieds entre les bâtiments. Une vision ultra fonctionnelle. Puis, on s’est rendu compte que cet enclavement avait tendance à renfermer les quartiers sur eux-mêmes.

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Dans la journée, le Beau Marais est très calme, tranquille,vide. Une ambiance qui tranche avec l’image que certains semblent avoir du Beau Marais, «quartier qui craint», «quartier de «cassos»».

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Anthony, 25 ans, habite au Beau Marais depuis son adolescence: "J’ai toujours bien vécu ici, les gens qui disent que ça craint sont peut-être ceux qui n’ont jamais mis les pieds ici". Le jeune homme, qui voudrait devenir auxiliaire de soin, est actuellement en service civique au sein de l'association Unis-Cité. Il visite une fois par semaine Micheline, une dame agée qui habite aussi au Beau Marais, pour papoter et parfois l'aider à faire ses courses.

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Sur le parking du Carrefour. Le centre commercial est un des points névralgiques de la ZUP. Les habitants s’y croisent et les jeunes se retrouvent au MacDo.C’est ici qu’a été construit le tout premier hypermarché de Calais, en 1973. A l’époque, cet équipement était synonyme de confort moderne, voire privilégié, comme les tours.

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Mégane, 18 ans, joue au sein de l’équipe féminine du Calais Beau Marais Football Club, qui regroupe un groupe de femmes de tous âges. Son père fait partie des anciens de ce club populaire, véritable institution du quartier, ses frères plus petits y jouent également. C’était donc une évidence pour elle de jouer au foot.

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Sept bâtiments collectifs vont être démolis et d’autres rénovés d’ici 2024, a annoncé récemment le bailleur social Terre d’Opale Habitat. Certains seront «résidentialisés». Il s’agit notamment de«revaloriser les pieds d’immeuble, pour que les habitants aient un sentiment de sécurité». Depuis plusieurs années, les tours sont détruites ou rénovées.

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Les bénévoles à la buvette Calais Beau-Maraisfootball Club. Ici, chacun peut venir jouer, quel que soit son niveau ou ses revenus. Si une personne ne peut pas se payer la licence ou le matériel, le club s’arrange.

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Daniel, joueur, est au chomage et passe beaucoup de temps au club, «une deuxième famille» dit-il. Pole Emploi vient de lui proposer un contrat. Mais c’était un poste de nuit, à plus d’1h30 à pieds sans transports en commun. «Encore si j’avais eu un scooter oui, mais pour m’en payer un, il faudrait que j’ai du travail».

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Evan, 12 ans,et son père Cédric, 40 ans : «Il y a vingt ans, c’était partout des tours hautes, des fois il fallait connaitre quelqu’un pour pouvoir traverser un bloc. Mais là, les gens ont envie de prendre soin des nouveaux bâtîments, c’est très calme, je ne comprends pas pourquoi la mauvaise réputation perdure».

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Un «bloc» comme on dit ici, qui n’a pas encore été rénové.

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Renée retrouve trois autres mamans du quartier tous les vendredi pour un café entre copines dans les locaux de l'association La Spirale. Depuis dix ans, le rendez-vous est une incontournable. Les amies s'entraident et entraident les autres, se donnent des conseils pour l'éducation des enfants, pas toujours faciles. Renée vit seule, "c'est mieux !" rigole-t-elle. Je sais que leur rapport à leur propre image n'est pas facile, je suis touchée qu'elles acceptent que je les prenne en photo. Je voudrais que la photo leur permette de voir qu'elles sont belles. Ici en mars 2020 devant les locaux de l'association La Spirale.

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Cathy et son fils David. Elle retrouve des mamans du quartier tous les vendredis pour un café depuis dix ans. Elles se soutiennent, se donnent des conseils pour les enfants. «Elles n’ont pas grand chose mais elles ont le coeur sur la main», me dit une travailleuse associative.

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Eugène et Marina vivent depuis 40 ans dans leur tour. Il y a sept ans, on leur annonce sa destruction. Ils ont fait des cartons. Depuis, ils attendent encore qu’on leur propose un relogement, et les cartons sont entasssés dans une chambre.

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Sofiane, 28 ans, a crée son salon de coiffure, Barber Sof. Il est fier, lui qui a arrêté l’école à 16 ans. «Ma mère trouve que les gens sont plus humains ici. Nous on est plus pauvres, mais on a développé l’aspect immatériel, l’entraide». Sur la photo, un de ses employé coiffe un garçon.

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Sacha a co-fondé KLA District, une association qui promeut le hip hop auprès des jeunes de Beau Marais. Ici, répétition au Centre Gérard Philippe, épicentre culturel du quartier. Les adolescents ont le sourire aux lèvres, et laissent aller leurs corps à la danse.

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Patrick Leblanc, alias Kéké, est connu de tout le Beau Marais. Il est né et a vécu toute sa vie au Beau Marais. Il a vu les tours "pousser comme des champignons dans les années 70. A l'époque, c'était confort, c'était les gens privilégiés qui y vivaient. Enfant d'une fratrie de seize enfants, il est nostalgique du temps où l'entraide et la solidarité était forte au Beau Marais. "Maintenant c'est plus individualiste". C'est d'ailleurs pour "retisser du lien entre les gens" qu'il a ouvert ce café, après une carrière comme agent de proximité au sein de l'office HLM. Un de ses clients me raconte "les gens de l'extérieur nous traite de noire gueule". Kéké conclut: "Le Beau Marais est un quartier où il fait bon vivre, si on m'offfrait un appartement et un bar ailleurs je n'irai pas".

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Les habitants de Beau Marais ressentent un fort sentiment d’appartenance à leur quartier.

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Dans les locaux de l'association La Spirale situés aux pieds d'une tour, les portes sont toujours ouvertes. En ce mercredi après-midi de grand vent, des enfants y jouent au jeu vidéo et au billard.

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Cathy, 39 ans, vit au Beau Marais depuis plus de trente ans. Elle vient aux ateliers de l’association La Spirale. Elle y a emmené sa fille Elena, 12 ans. «Avant, elle était complètement éteinte suite à des choses qui se sont passées, les gens pouvaient passer autour d’elle, elle ne les voyait pas. C’était impossible d’avoir un sourire ». Le tissu associatif du quartier est très vivant.

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«J’aime bien ma tour», me dit Eugène, «on est tranquilles, on a une belle vue, on a un grand appartement. Oui il y a des jeunes qui trainent parfois, mais ils nous aident toujours à monter les courses, on vit fenêtres ouvertes, on a jamais eu de vol. Et puis on a plein de souvenirs ».

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Une promeneuse et son chien au Bois Campagne, un petit espace vert à l'ouest du quartier du Beau Marais. Le Bois Campagne était auparavant le "Chateau Campagne", propriété d'un riche calaisien, qui y recevait les enfants pour que ceux-ci s'amusent dans son parc.

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« Le Beau Marais est beau pour qui sait le voir », a écrit André dans un petit livret rédigé par les habitants du quartier, à l’occasion d’une opération de destruction d’une tour historique du quartier. 

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« Le Beau Marais est beau pour qui sait le voir », a écrit André dans un petit livret rédigé par les habitants du quartier, à l’occasion d’une opération de destruction d’une tour historique du quartier.

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