Peut-on planter, cultiver et récolter les arbres à large échelle comme on cultive des champs de céréales ? La question se pose dans le Morvan, un territoire humide et froid situé en Bourgogne. Dans ce bout de France dépeuplé et recouvert de forêts, les parcelles de Douglas plantés  se multiplient. Ce résineux originaire d’Amérique du Nord y est planté en monoculture, en lignes droites ordonnées pour faciliter la future «récolte» mécanique.


Pour de nombreux forestiers, le Douglas est un « arbre magique ». Il est économiquement beaucoup plus intéressant que d'autres essences. Sa culture est facile et mécanisable. Et il pousse vite et droite.  Pour les exploitants de la forêt, c'est l'essence parfaite face à une demande en bois grandissante depuis le Grenelle de l'Environnement. Et une opportunité économique pour ce territoire rural pauvre en emplois.


Mais alors que le massif du Morvan est aujourd'hui composé à près de la moitié de résineux, une fronde citoyenne anti-monoculture grossit sur les terres morvandelles. De plus en plus d'habitants du Morvan et de militants écologistes dénoncent les dangers ce type d’exploitation  et les coupes rases qui l'accompagnent, lorsque la parcelle est arrivée à maturité. Ils fustigent «une gestion de la forêt uniquement basée sur la rentabilité économique à court terme ». Pour eux, ce type de sylviculture industrielle en mono-essence affaiblit la biodiversité, rend les parcelles plus fragiles aux maladies, notamment celles liées au réchauffement climatique, et appauvrit la terre. Sans compter les énormes véhicules de coupe et de récolte, qui écrasent la vie des sols forestiers et raclent le riche humus de surface. Ils plaident pour une forêt diversifiée et craignent que la monoculture devienne de plus en plus courant, à l’heure où la construction bois et le remplacement des énergies fossiles sont plébiscités. La France est aujourd'hui le premier producteur européen de Douglas, qui est aussi exploité en monoculture dans le Limousin et en Auvergne. 

Dans le Morvan dépeuplé, les forêts sont partout. Les premières parcelles de Douglas ont été plantées à partir des années 1950-1960. On les reconnait car elles sont très sombres, les arbres y sont plantés en lignes droites espacées, et généralement rien ne pousse au sol à cause du manque de lumière et de l’acidification provoquée par les épines.

info
×

Un ouvrier du pépiniériste Naudet plante les petits Douglas sur une parcelle forestière qui a été auparavant débarassée de ses anciens arbres. Les Douglas de monoculture ne naissent pas naturellement en forêt, mais en pépinière. Aujourd’hui, près de la moitié des forêts du Morvan serait « enrésinée» de la sorte. 

info
×

Pour de nombreux forestiers, le Douglas est «le roi des forêts». Il est très rentable, car il pousse vite et droit, avec peu d’intervention humaine. Son coeur rose est, en outre, naturellement imputrescible.

info
×

Une essence parfaite pour alimenter la demande mondiale en bois pour fabriquer des contenants, des palettes, des bardages, des meubles en kit, ou des ossatures de charpente. Le Douglas est l’arbre de la mondialisation, disent ainsi certains.

info
×

La structure arborescente simple et toute droite du Douglas rend son exploitation «industrialisable». On plante, et quarante à cinquante ans plus tard seulement (contre plus de 100 ans pour un chêne), on « récolte » avec d’énormes machines de trente à cinquante tonnes.

info
×

Les machines de cette scierie industrielle ne scient que de petits diamètres. Cela obligent les forestiers à fournir des Douglas jeunes, entre 45 et 50 ans. Or, il faut environ 65 ans pour qu’un Douglas ait restitué au sol toute la matière minérale qu’il y a puisée pour pousser, selon l’INRA.

info
×

«Il y a de la place pour tout le monde dans le Morvan, la monoculture et le reste», pense Bruno Moreno, son directeur général, à la fenêtre, «nous on coupe mais on replante derrière. Oui, il faut faire des coupes rases de temps en temps, mais exploiter en prélèvement dans une parcelle mélangée c’est pas si simple, c’est plus compliqué à faire, plus cher. Je ne dis pas que c’est impossible, mais c’est plus compliqué».

info
×

Jean-Philippe Bazot, le directeur général de BBF, gros exploitant forestier morvandiaux,s’agace: «nous sommes une région complètement déshéritée, je veux bien qu’on ignore ça et qu’on se concentre à regarder les paysages, mais c’est subjectif de trouver une forêt de feuillus plus belle qu’une forêt de Douglas. Par contre, ce qui est sûr, c’est que ce résineux peut nous sortir de l’ornière économique. Notre industrie crée des emplois durables et locaux».

info
×

«Hannibal», une abatteuse nouvelle génération de 50 tonnes, est dotée d’un bras télescopique qui permet de couper l’arbre en restant à distance dans un couloir dédié, et ainsi de réduire l’écrasement des sols par rapport à une abatteuse classique. Jean-Philippe Bazot (sur la photo),Directeur général de BBF, une société d’exploitation du bois, la présente comme «l’avenir des abatteuses». Son entreprise en a cinq autres plus classiques et moins chères, qui, elles, doivent s’approcher au plus près de chaque arbre pour le couper.

info
×

Une militante anti-monoculture de Douglas déploie sa banderole dans l’enceinte d’une usine dans la Nièvre qui fabrique des granulés à partir de bois issu de coupe rase, lors d’une action citoyenne militante non-violente contre la malforestation dans le Morvan organisée par l’ONG Canopée et le collectif SOS Forêt, le 4 juin 2020.

info
×

Les associations anti-monoculture de Douglas et pour une sylviculture raisonnée estiment que de plus en plus de forêts traditionnelles de feuillus diversifiées sont rasées pour être enrésinées avec du Douglas, beaucoup plus rentable économiquement à court terme.

info
×

Les monocultures de Douglas se «récoltent» généralement par coupe rase.A l’écran, un exemple au coeur du Parc naturel régionaldu Morvan. Lorsqu’on dé-zoome, le territoire morvandiaux en est constellé. 

info
×

Photographies d’un écran d’ordinateur connecté à geoportail.gouv.fr, qui permet de voir des vues satellite du territoire français. A l’écran, une monoculture de Douglas dans le Morvan, à proximité d’une forêt traditionnelle de feuillus et d’un champs agricole.

info
×

Les petits plants de Douglas sont entreposés plusieurs semaines au frigo en attendant d’être replantés sur les parcelles forestières au printemps. Rares sont les exploitants de Douglas qui utilisent la régénération naturelle, puisque peu de plantes arrivent à pousser sous les monocultures, ou à survivre aux roues des machines.

info
×

Réunion pour organiser une action citoyenne et non violente contre les coupes rases dans le Morvan le 1 juin 2020.

info
×

Action citoyenne non-violente contre la malforestation dans le Morvan organisée par l’ONG Canopée et le collectif SOS Forêt devant une usine dans la Nièvre qui fabrique des granulés à partir de bois issu de coupe rase, le 4 juin 2020.

info
×

Dans le village de Dun-les-Places, un mural offre une vision idéalisée du paysage morvandiaux.

info
×

Des militants anti-monoculture de Douglas traversent une coupe rase, où poussaient autrefois des feuillus, et où grandiront demain des Douglas. Ils pensent que cette parcelle, dont ils estiment le sol particulièrement abîmé, fait près de 200 hectares.

info
×

Jean-Luc est un ancien militaire reconverti en photographe, qui documente par drone les coupes rases morvandelles. Nicolas a quitté son poste d’éducateur pour devenir paysagiste-élagueur. Il a notamment co-crée un groupement  forestier citoyen qui rachète des forêts de feuillus pour les «sauver de l’enrésinement», en 2015.

info
×

Nicolas grimpe à un arbre en bord de route pour y accrocher une banderole dénonçant les coupes rases dans le Morvan, à destination des automobilistes.

info
×

Anne-Laure Cattelot, députée du Nord, a été chargée par le président de la République Emmanuel Macron d’une mission sur la forêt, un enjeu national actuel. Le 10 février 2020, elle était dans le Morvan, symptomatique des enjeux de la filière tricolore. Ici, devant une coupe rase «particulièrement dégueulasse», selon Sylvain Mathieu, le président du Parc régional naturel du Morvan. Elle doit remettre son rapport cet été.

info
×

Action citoyenne militante non-violente contre la malforestation dans le Morvan organisée par l’ONG Canopée et le collectif SOS Forêt devant une usine dans la Nièvre qui fabrique des granulés à partir de bois issu de coupe rase, le 4 juin 2020.

info
×

Les écologistes estiment que les forêts de Douglas sont beaucoup plus pauvres en biodiversité que les forêts diversifiées de feuillus, dont le sol est recouvert de jeunes pousses, de fougères, de feuilles, d’arbres morts qui servent d’abris à la faune et qui nourrissent le sol.

info
×

Dans le Parc régional naturel du Morvan, les bords de route sont parsemés des tas de grumes de Douglas, reconnaissable à leur coeur rosé, en attente d’être chargés par les camions.

info
×
Using Format